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Radio Publique Africaine
“La voix des sans voix”

Jeux d’argent : des sources dénoncent une captation des recettes publiques au profit d’intérêts privés

Par: Walter Kwizera et Bob Rugurika

La restructuration du secteur des jeux d’argent au Burundi depuis octobre 2023 soulève de nombreuses interrogations. Des sources concordantes affirment que des proches du secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, ont pris le contrôle d’une partie du secteur à travers la Loterie nationale du Burundi (LONA) et un consortium privé. Selon ces sources, cette nouvelle organisation favorise des intérêts privés au détriment du Trésor public.

D’après les informations recueillies par notre rédaction, le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, a été informé par Chris Sebarinda, alors membre du conseil d’administration de l’une des sociétés de paris sportifs opérant sous la marque 1XBET, du potentiel particulièrement lucratif du secteur des jeux d’argent.

Peu après, les autorités ont suspendu les activités de nombreux opérateurs. Officiellement présentée comme une mesure d’assainissement du secteur, cette décision a, selon nos sources, ouvert la voie au rachat de la société Lydia Ludic par des intérêts liés à Révérien Ndikuriyo. Cette opération lui a permis d’occuper une position dominante dans l’exploitation des salles de jeux à travers le pays.

Selon les mêmes sources, deux proches collaborateurs de Révérien Ndikuriyo ont ensuite été placés à des postes stratégiques. Fabrice Niragira a été nommé à la tête de la Loterie nationale du Burundi (LONA), tandis que Chris Sebarinda a pris la direction du consortium N Soft BN Partners, chargé de la gestion et du contrôle du secteur des jeux d’argent.

Des sources ayant requis l’anonymat au sein du ministère du Commerce estiment que cette configuration crée un important conflit d’intérêts. Elles soutiennent notamment que les salles de jeux liées aux intérêts attribués à Révérien Ndikuriyo ne font pas l’objet des mêmes contrôles que les autres opérateurs. Selon ces sources, cette situation entraîne un manque à gagner estimé à près de deux milliards de francs burundais par mois pour le Trésor public, soit plus de vingt milliards de francs burundais par an.

Parallèlement, le consortium dirigé par Chris Sebarinda a assuré aux autorités que la nouvelle organisation permettra une augmentation substantielle des recettes publiques issues des jeux d’argent. Selon les chiffres obtenus par notre rédaction, les recettes mensuelles du secteur sont effectivement passées de quelques dizaines de millions à environ quatre milliards de francs burundais.

Toutefois, une source au ministère du Commerce affirme que le consortium perçoit environ 40 % des redevances générées par le secteur au profit de ses actionnaires privés. Cette proportion est qualifiée d’« exorbitante » par cette source, qui estime que les intérêts financiers de l’État demeurent très limités au regard des revenus générés.

Cette situation soulève des interrogations sur la répartition réelle des recettes du secteur ainsi que sur les mécanismes de contrôle mis en place pour garantir la protection des finances publiques.

Depuis une semaine, notre rédaction tente d’obtenir la réaction des responsables concernés. Le ministre des Finances, Alain Ndikumana, nous a demandé de lui transmettre nos questions par message, mais n’y a pas donné suite. De son côté, le ministre du Commerce, Saidi Kibeya, s’est limité à répondre à nos salutations sans répondre aux questions de fond.

Le directeur général de la Loterie nationale du Burundi, Fabrice Niragira, n’a pas réagi à nos sollicitations. Le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, n’a pas non plus répondu à nos questions concernant les allégations portant sur son rôle présumé dans la restructuration du secteur et les avantages qu’il en tirerait. Notre rédaction n’est pas non plus parvenue à joindre Chris Sebarinda, directeur du consortium N Soft BN Partners, afin de recueillir sa version des faits.

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