Incendies de marchés au Burundi : accidents ou stratégie cachée ?
Par: Inès Gakiza
Une dizaine de marchés ont été ravagés par des incendies à travers le Burundi sous le régime du CNDD-FDD. Même si le gouvernement parle d’accidents, son attitude alimente les soupçons d’une origine criminelle comme ça a été déjà révélé par des enquêtes menées par la RPA . Certains de ces marchés ont été intentionnellement brulés par le régime CNDD-FDD.
En vingt-et-un ans de pouvoir du CNDD-FDD, au moins douze marchés ont été détruits par le feu à travers le pays. Le premier incendie marquant remonte à janvier 2013, avec la destruction du marché central de Bujumbura. Depuis lors, les sinistres se sont multipliés : des marchés qui prennent feu en pleine nuit ou au petit matin, laissant des commerçants démunis, leurs biens réduits en cendres.
Le phénomène ne faiblit pas. En 2026, en moins de deux mois seulement depuis le mois de mai, quatre marchés ont déjà été incendiés. Le dernier en date est celui de la commune de Ngozi, parti en fumée dans la nuit du 10 juillet.
Face à cette série d’incendies, la position des autorités est restée constante. Le gouvernement affirme qu’il s’agit de simples accidents. « Rien ne nous a montré jusqu’à présent que les incendies qui ravagent les marchés sont d’origine criminelle. Nous estimons qu’il s’agit d’accidents, car aucune enquête n’a prouvé le contraire », a déclaré récemment le ministre de l’Intérieur, le général Léonidas Ndaruzaniye, lors d’une conférence publique tenue en juin dernier.
Une explication qui peine toutefois à convaincre. Les enquêtes évoquées par les autorités n’ont jamais été rendues publiques, ne fut-ce que pour éclairer les victimes sur les causes réelles de ces incendies et prévenir de nouveaux accidents. Par ailleurs, aucune mesure concrète n’a été mise en place depuis plus d’une décennie pour sécuriser les marchés ou améliorer les capacités d’intervention en cas de nouvel ‘’accident’’.
Ce manque de transparence et d’action renforce les conclusions d’enquêtes indépendantes, notamment celles de la Radio publique africaine (RPA). Selon ces investigations, six des douze marchés incendiés sont le résultat d’actes criminels : le marché central de Bujumbura, ceux de Gitega, Bugenyuzi, Ruyigi, Kayanza, ainsi que celui de Ngozi, qui vient de brûler à nouveau après un premier incendie criminel, comme pour ces autres marchés cités.
Des témoignages recueillis par la Radio RPA évoquent des motivations liées à des croyances occultes. « Les témoignages fournis par certains exécutants de ces crimes révèlent qu’ils sont liés à des croyances occultes. Leurs féticheurs leur ont dit que leur pouvoir ne sera consolidé et durable que s’ils appauvrissent le peuple. Ils ont donc décidé de brûler les marchés », soulignent Bob Rugurika, le directeur de la RPA.
Avant l’arrivée au pouvoir du CNDD-FDD, des incendies d’une telle fréquence n’avaient jamais été observés. Aujourd’hui, les conséquences sont lourdes : pertes économiques massives, appauvrissement des commerçants et précarisation accrue de la population.
Dans ce contexte, de plus en plus de voix s’élèvent pour s’interroger sur la nature réelle de ces incendies et sur une éventuelle responsabilité politique du CNDD-FDD.

