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Radio Publique Africaine
“La voix des sans voix”

Calvaire d’une septuagénaire de Kayogoro abusivement expropriée

Trois personnes dont une septuagénaire ont été arrêtées ce dimanche 19 Juin 2020 par la police sur la colline Gatabo de la commune Kayogoro en province Makamba. La septuagénaire serait victime d’avoir voté pour le parti CNL aux récentes élections.

Une veuve de 72 ans Concessa Nzeyimana, et ses deux petits enfants orphelins âgés successivement de 5 et 7 ans sont les trois personnes arrêtées par la police le samedi 20 juin en commune Kayogoro. Les habitants de la colline Gatabo où réside cette veuve, affirment que tout a commencé en date du 16 juin lorsque l’administrateur de Kayogoro a ordonné la destruction de la maison de la septuagénaire. « L’administrateur de la commune Kayogoro a ordonné la démolition de la maison de Concessa par les Imbonerakure et le chef de zone. Cette veuve a écopé d’une amende de quarante mille francs burundais. Une partie de cette somme a servi de payement aux destructeurs de sa maison. Juste parce qu’elle a voté pour le parti CNL alors qu’auparavant elle était membre du Cndd-Fdd. »Témoigne un des habitants de la place.

Après la destruction de la maison, s’en est suivie l’arrestation du propriétaire et de ses petits-enfants pour désobéissance à l’autorité. Les 3 passeront une nuit au cachot du commissariat communal de Kayogoro avant d’être relâchés.

De la prison à l’alitement

Après 4 jours passés dans la brousse par peur de se faire encore une fois arrêtés, Concessa Nzeyimana et ses deux petits-enfants sont admis à l’hôpital de Gihofi situé en province Rutana. « Cette veuve a passé des nuits dans la brousse. La faim et le froid, ajoutés aux menaces auxquelles elle faisait face de la part de l’officier de la police judiciaire, la santé de cette septuagénaire et de sa famille s’est beaucoup détériorée jusqu’à être hospitalisés. » Révèle un des voisins de la victime.

Cet Officier de la police judiciaire intimait à cette veuve l’ordre de signer sur un document attestant que sa maison n’a pas été détruite sur ordre de l’administrateur de Kayogoro alors que c’est cette même autorité qui a envoyé des policiers pour superviser sa démolition. Selon les habitants de la colline Gatabo, la veuve Concessa est poursuivie par les autorités communales parce qu’elle a refusé de céder sa parcelle à ces mêmes autorités.

Il a fallu une semaine d’hospitalisation pour que cette veuve de 72 ans se remette sur pied. Mais le calvaire ne faisait que commencer. Et pour cause, de retour de l’hôpital, elle n’a pas eu accès à sa maison car les mêmes administratifs l’avaient mise sous scellés. Ce qui n’a fait que la déstabiliser davantage. « Cette septuagénaire a déprimé. Elle a dit qu’elle avait envie de se suicider. Elle est désespérée. » A révélé à la RPA une de nos sources à Makamba.

Elle sera ensuite réduite à mendier et à passer toutes ses nuits à la belle étoile et sans couvertures vu que toute sa fortune ainsi que ses animaux domestiques sont restés à l’intérieur de sa maisonnette. Pourtant, avant de se retrouver sans abris, Concessa vivait comme les autres cultivateurs. Elle se réveillait le matin et se rendait quotidiennement à ses activités champêtres à la recherche de quoi nourrir sa famille. Des activités qu’elle exerçait sur des lopins de terre loués. Mais aujourd’hui, elle alerte et craint pour son futur. « Ils ont enfermé dans ma maison 3 sacs remplis de graines de maïs, 5 sacs de haricots dont 2 sacs de haricots jaunes et ils ont mis deux cadenas sur la porte. Franchement je vous dis que la faim va me tuer. Maintenant que je suis sans domicile fixe, qui acceptera de me donner sa petite parcelle en  location ? » Se lamente la septuagénaire.

Les voisins de Concessa Nzeyimana affirment que cette septuagénaire a toujours été dynamique malgré son âge. Elle avait de quoi vivre et faire vivre ses petits-enfants. « Elle cultivait et récoltait. Avec ses récoltes, elle recevait de quoi nourrir sa famille et elle épargnait de l’argent tiré de la vente. Des épargnes qui l’aidaient à pouvoir louer des lopins de terre ici et là. D’ailleurs, je crois qu’avec ce qu’elle avait récolté cette saison, elle aurait eu de l’argent pour se procurer sa propre terre cultivable. » Indique un de ses voisins.

Une médiation qui n’en est pas une

Sans aucune autre voie de sortie, la septuagénaire Concessa Nzeyimana fit recours à l’institution de l’Ombudsman. Son représentant dans la région du Sud du pays, en la personne d’Innocent Nimpagaritse, se rendit sur place. Mais, selon les habitants de cette localité, il ne lui fut d’aucune utilité car ayant affiché un côté penchant. « Dès son arrivée, le médiateur s’est présenté comme un des anciens porte-paroles du mouvement Cndd-Fdd alors au maquis.  Nous en avons alors déduit qu’il avait déjà pris parti car, de par les questions qu’il posait à cette vielle dame, il était évident qu’il était sous les ordres de l’administrateur et du chef de zone. » Souligne un des habitants qui était présent lors de ladite confrontation.

Plus étonnant encore, Innocent Nimpagaritse, sur place comme médiateur entre Concessa Nzeyimana d’une part et l’administrateur de Kayogoro, Zachée Misago en compagnie du chef de zone Gatabo, Gervais Ndikuriyo d’autre part, a menacé ceux qui étaient venus sur les lieux, oubliant ainsi son rôle. Et, poursuivent nos sources, au lieu de concilier les deux parties, le médiateur a plutôt décidé de chasser complètement de chez elle Concessa Nzeyimana, une décision qui, selon les juristes, a été prise en violation de la constitution, surtout que les cas d’expropriation ne sont pas du ressort de n’importe quelle autorité. « Le code foncier burundais, et spécialement en ses articles 411 et suivants, précise des modalités, des conditions ainsi que les autorités compétentes pour pouvoir opérer une expropriation pour cause d’utilité publique. L’article 411 par exemple précise clairement que l’expropriation ne peut intervenir qu’après avoir versé à la personne expropriée une indemnité juste et préalable. De plus, seuls un ministre en charge des terres rurales ou de l’urbanisme ou un président de la République selon l’étendu du terrain qui doit être exproprié sont habilités à prendre une telle décision. Et en cas de désaccord, c’est la juridiction compétente qui doit prendre une décision en déterminant le quantum de l’indemnité ou la nature de l’indemnité qui doit être versée à la personne expropriée. » Dixit Me Janvier Bigirimana

Vers le dénouement du cas Concessa Nzeyimana ?

Selon des sources de la RPA en zone Gatabo de la commune Kayogoro, la localité dans laquelle vit la veuve Concessa Nzeyimana de 72 ans, des envoyés spéciaux venus de Bujumbura au bureau de l’Ombudsman burundais ont effectué une descente le mercredi 15 juillet 2020. C’était dans le but de s’enquérir du nœud du conflit entre Concessa Nzeyimana et l’administrateur de la commune Kayogoro.

Les mêmes informations en provenance de la commune Kayogoro font toutefois savoir que l’administrateur de Kayogoro Zachée Misago, auteur des persécutions infligées à Concessa Nzeyimana, ne s’est pas rendu sur les lieux. Il y a plutôt envoyé le chef de zone Gatabo Gervais Habonimana. Les envoyés du bureau de l’Ombudsman étaient en compagnie d’Innocent Nimpagaritse, le représentant de l’Ombudsman dans les provinces du sud du pays. Ainsi donc, ces envoyés de l’Ombudsman ont écouté les deux parties en conflit qui se sont exprimées sur le dossier Concessa. Après l’audience, la délégation de l’Ombudsman s’est retirée pour une petite concertation. La délégation a par la suite signifié à la veuve qu’elle sera mise au courant de l’issu de l’entretien dans deux semaines. 

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