Les fonds de la MINUSCA et la logistique de l'AMISOM des contingents Burundais objets de détournements

mai 03, 2016 3937
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Depuis près de dix mois, les militaires Burundais basés en Centrafrique en mission de maintien de la paix de l’ONU n’ont pas reçus leurs salaires. Et pourtant, les Nations Unies ont versé tous les fonds dus au gouvernement via une banque allemande. Une gestion opaque et frauduleuse des fonds reversés au gouvernement en échange des contributions aux missions de maintien de la paix est dénoncée depuis des années. En Somalie, après le détournement des fonds, c’est au tour de la logistique.
 
En Centrafrique, les 850 hommes qui constituent le 2ème Bataillon de la MINUSCA, la mission de maintien de la paix de l’ONU, ont pris leurs fonctions au mois de juin 2015. Toutefois, sur les onze mois prestés en mission, les militaires du contingent Burundais n’ont reçu qu’un seul mois de solde ainsi qu’une partie du mois de juin où ils ont été déployés.
 
Pour les militaires affectés à des milliers de kilomètres de chez eux, les difficultés sont insurmontables par leurs familles restées au pays : « nous savons que l’ONU nous paye mais nous n’avons reçu qu’un mois et demi de solde. Nos familles souffrent énormément » nous confie un militaire sous couvert d’anonymat. La plupart de ces militaires affirment qu’ils avaient contracté des crédits auprès de la coopérative d’épargne pour l’auto développement (CECAD), la micro-finance appartenant à l’armée. Aujourd’hui, la dette s’est alourdit en raison des intérêts de retard : « à la CECAD, on nous a donné un million de francs. Depuis juin, ils enregistrent les intérêts et les retards. Nos familles sont au bord de l’implosion » nous confie notre source.
 
Les militaires Burundais s’étonnent d’autant plus de ne pas être payés par le Gouvernement alors qu’ils apprennent que les fonds versés par l’ONU ont bénéficié à une banque en France : « nous sommes inquiets car ils nous ont dit que tous les fonds sont bien arrivés à la BRB. Mais ce n’est pas le cas, ces fonds ne sont jamais arrivés à la BRB. Ils les ont plutôt transférés dans une banque en France », s’étonne un autre militaire Burundais. 
 
Justement, selon un document de la division du financement des opérations de maintien de la paix de l’ONU, le dernier versement des fonds de l’ONU en faveur du gouvernement burundais date du 16 mars 2016. Ce transfert de 4.400.928 dollars concerne « les services rendus par les contingents et les unités de police constituées pour la période allant du 1er novembre 2015 au 31 janvier 2016 » peut-on lire dans le document transmis à l’Ambassadeur du Burundi auprès des Nations Unies. La banque qui loge les fonds en question est la Commerzbank, une banque allemande qui possède une succursale en France. 
 
Ce 2ème Bataillon du contingent Burundais de la MINUSCA dénonce aussi un traitement différent en comparaison au 1er Bataillon. Selon des sources en Centrafrique, le gouvernement burundais retient sur la solde de chaque militaire du 2ème Bataillon et chaque mois 522 dollars américains tandis qu’il retenait 415 dollars pour les militaires du 1er Bataillon. 
 
Le porte-parole de l’armée explique que le retard du paiement des soldes des militaires du contingent MINUSCA est dû aux bailleurs qui financent les missions de maintien de la paix.
 
Lorsque ces fonds sont transférés à la Banque Centrale, les militaires reçoivent leurs soldes endéans une semaine, selon le Colonel Gaspard Baratuza. 
 
Les détournements concernent aussi la logistique 
 
D'après des sources au sein de la mission de maintien de la paix en Somalie (AMISOM), depuis trois mois la ration alimentaire des militaires Burundais a sensiblement diminué.
 
Selon des sources au sein du contingent Burundais, le Commandement déploie les militaires « sans toutefois préconiser la nourriture qu’ils emportent avec eux ». 
 
Les militaires sur terrain s’entendent dire que la nourriture est restée à leur base. Ils peuvent passer jusqu’à trois jours sans être rationnés, poursuivent nos sources, et lorsqu’ils reviennent à leur base, ils leur disent que « le véhicule de rationnement est parti à leur rencontre sur terrain ». Ce manque de ration s’observe aussi bien du côté des soldats que des officiers.
 
Selon nos sources, tout cela s’explique par le détournement des vivres. « Ce sont les officiers responsables de la logistique au sein du contingent burundais de l’AMISOM en l'occurence le G4 Jean Marie Vianney Nzigirabarya et son adjoint le Colonel Callixte Kandobeke qui détournent la nourriture et la vende » nous rapporte des sources militaires.
 
Pour le moment, les militaires sont servis sur la nourriture de réserve pour tenter d’éviter une famine au sein du contingent. 
 
Les mêmes sources parlent de l’officier chargé du carburant au sein de l’unité de logistique du contingent burundais de l’AMISOM, le Major Aimable Nizigiyimana, en poste depuis février de cette année. Ces officiers ont diminué le nombre de véhicule sur terrain et le carburant. Conséquence : les groupes électrogènes connaissent régulièrement des pannes de carburant, rendant impossible l’utilisation des talkies walkies sans batteries rechargées.
 
Le contingent Burundais de l’AMISOM a été déployé pour la première fois en décembre 2007. Il compte en ce moment 5.432 militaires déployés.  

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