Double contribution forcée : à Ruyigi, des fonctionnaires se saignent pour accueillir le patron du CNDD-FDD
Par: Josiane Muzaneza
Les habitants de la commune de Ruyigi disent n’en plus pouvoir des contributions forcées et incessantes exigées pour « bien accueillir » le secrétaire général du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, attendu ce jeudi. Un fardeau jugé insupportable, d’autant que certains sont contraints de payer deux fois pour la même cause alors qu’ils vivent déjà dans une précarité extrême.
Selon plusieurs sources locales, des collectes sont organisées dans toute la commune, notamment dans les zones Ruyigi, Rusengo, Bweru et Butezi. L’argent est recueilli par les Imbonerakure du CNDD-FDD, aussi bien dans les ménages que dans les institutions publiques. Les foyers doivent verser 2 000 francs burundais, tandis que les fonctionnaires des différents ministères paient entre 5 000 et 50 000 francs, en fonction de leur poste, à l’exception des sentinelles et plantons à qui il est demandé 1 000 francs.
« Les simples fonctionnaires et les techniciens cotisent 5 000 francs, les chefs de service 15 000 francs, et les chefs de département agriculture, environnement, élevage, santé ou éducation donnent 50 000 francs, tout comme les conseillers communaux », précise un agent du secteur de la santé. « Ils nous ont donné l’ultimatum de ce mercredi et ont mis en garde quiconque se désisterait. Nous n’avions pas d’autre choix que d’obtempérer pour avoir la paix. »
Certains ont été obligés de contribuer deux fois pour la même visite. Une situation qui suscite colère et incompréhension chez des habitants dont beaucoup peinent déjà à joindre les deux bouts. « Ce qui est frustrant, c’est que j’ai déjà donné les 2 000 francs exigés à chaque ménage, et au travail on me demande une autre contribution », témoigne un enseignant de Ruyigi. « Ce sont les mêmes Imbonerakure qui collectent l’argent, sans tenir compte de la précarité dans laquelle nous vivons. Certains ne mangent qu’une fois par jour. C’est scandaleux, même le sel n’est plus à la portée de tous. »
Interrogée sur ces plaintes, l’administratrice de la commune Ruyigi, Diane Nibitanga, affirme ne pas être au courant de ces collectes et appelle la population à ne pas s’en acquitter. Pourtant, selon plusieurs fonctionnaires, un ultimatum a bien été fixé à ce mercredi, assorti de menaces de sanctions pour ceux qui refuseraient de payer. Cette contribution est destinée à l’achat de présents pour le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, dont la visite est annoncée à Ruyigi ce jeudi 2 avril 2026.

