Disparition de Chadia Mukaremera : justice et direction de la CNIDH accusées d’entretenir l’opacité
Quatre mois après la disparition de Chadia Mukaremera, le classement sans suite du dossier par la justice et les décisions controversées du président de la CNIDH entretiennent le flou. En interne, des voix s’élèvent pour dénoncer un manque de transparence et réclamer toute la lumière sur cette affaire.
La disparition de Chadia Mukaremera, employée de la Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH), continue de susciter interrogations et tensions, tant au sein de l’institution que du côté de la justice.
Vendredi dernier, le Bureau exécutif de la CNIDH, composé des commissaires, s’est réuni pour examiner notamment la situation de Chantal Bakamiriza, secrétaire générale de la Commission. Cette dernière figurait parmi les participants à une mission de travail à Genève, en Suisse.
Cependant, dès la publication de la liste des membres de la délégation, cinq employés de la CNIDH ont adressé, le 12 juin, une lettre au président de l’institution pour demander l’annulation du voyage de leur collègue. Selon eux, Chantal Bakamiriza devrait rester au pays afin de contribuer à l’éclaircissement de la disparition de Chadia Mukaremera, avec qui elle a échangé par téléphone, plus d’une fois le matin même de sa disparition.
Trois jours plus tard, le substitut général près la Cour suprême a décidé de classer sans suite le dossier relatif à cette disparition. Une décision qui intervient alors que la victime reste introuvable depuis quatre mois, sans aucune nouvelle, ni sur son lieu de travail ni au sein de sa famille.
Cette évolution judiciaire va dans le sens des propos tenus auparavant par le président de la CNIDH, Mgr Nyaboho, interrogé par la Radio RPA. Mgr Nyaboho avait laissé entendre que ‘’le dossier sera clos avant la tenue de la mission à Genève’’. Ses propos, tenus le 15 juin, coïncident avec la date de la décision judiciaire. Le départ pour Genève était prévu le 20 juin.
Malgré le classement du dossier, le Bureau exécutif de la CNIDH a voté en faveur de l’annulation du voyage de Chantal Bakamiriza. Sur six commissaires présents, quatre se sont prononcés pour son maintien au pays, estimant que des zones d’ombre subsistent autour de la disparition de Chadia Mukaremera et nécessitent des éclaircissements. Seuls Mgr Nyaboho et son adjoint ont soutenu sa participation à la mission.
En dépit de cette décision du Bureau Exécutif, Chantal Bakamiriza a finalement pris part au déplacement à Genève, aux côtés du président de la Commission.
Depuis la disparition de Chadia Mukaremera, plusieurs employés de la CNIDH expriment des soupçons à l’égard de leur collègue, s’appuyant notamment sur des éléments issus de l’enquête policière. À l’inverse, Mgr Nyaboho continue d’afficher son soutien à Chantal Bakamiriza, et ne semble pas préoccupé par la disparition de son employée, contrairment à une partie du personnel, qui réclame que toute la lumière soit faite sur cette affaire.

