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Radio Publique Africaine
“La voix des sans voix”

La vie de Christian Claude Butoyi à Mpimba: un scandale de detention

Par: Inès Gakiza

Depuis près de douze ans, Christian Claude Butoyi croupit à la prison centrale de Mpimba. Souffrant de troubles mentaux, dans une détention quasi abandonnée, il ne survit que grâce à la solidarité de quelques codétenus.

La vie du détenu Christian Claude Butoyi est d’une tristesse inouïe. Incarcéré depuis bientôt douze ans à la prison centrale de Mpimba, il ne doit sa survie qu’à l’aide de ses codétenus.

Au quotidien, Christian Claude Butoyi erre dans l’enceinte de la prison, sans repères, visiblement inconscient de sa situation. Selon nos sources à Mpimba, personne ne lui a rendu visite depuis son incarcération. Livré à lui-même, il dépend entièrement de la solidarité des autres détenus. Ce sont eux qui lui donnent des vêtements lorsqu’il n’a plus rien à se mettre et qui veillent parfois à son hygiène, jusqu’à l’entretien de ses cheveux.

La nuit, sa précarité est tout aussi criante. Dans cette prison où il faut payer pour obtenir une place où dormir, Christian Claude Butoyi passe ses nuits dehors. Il dort presque à même le sol, sur un matelas très fin, exposé aux intempéries, notamment lorsque la pluie s’abat sur la cour de la prison.

La question de l’alimentation illustre également sa vulnérabilité. À Mpimba, les prisonniers reçoivent de la farine pour préparer leur pâte, ainsi que des haricots souvent insuffisamment cuits, ce qui pousse beaucoup d’entre eux à les faire recuire. Les détenus malades, incapables de cuisiner, reçoivent une pâte déjà préparée. Mais Christian Claude Butoyi, lui, ne sait même pas quand vient le moment d’aller chercher la ration alimentaire. Inconscient des horaires et des consignes, il vit au hasard de ce que les autres acceptent de partager avec lui.

Par moments, son état de santé se dégrade davantage. Il lui arrive d’enlever ses vêtements ou de devenir agressif, signe d’une crise plus aiguë. Dans ces cas, la direction de la prison le fait transférer à l’hôpital psychiatrique de Kamenge, connu sous le nom de « chez Legentil ». D’après nos informations, il y a encore été admis au début de ce mois d’avril, avant d’être renvoyé, comme à chaque fois, à la prison de Mpimba.

Arrêté en septembre 2014, Christian Claude Butoyi est accusé du meurtre de trois religieuses italiennes en mission à la paroisse Guido Maria Conforti de Kamenge. Son dossier semble abandonné : depuis son arrestation, il n’a jamais comparu devant un juge.

Le numéro un burundais parle d’instrumentalisation politique des maladies

La question de la détention de Christian Claude Butoyi, présenté comme souffrant de troubles mentaux, suscite de nouvelles réactions au Burundi. Alors que des appels concernant sa libération se multiplient, le président Évariste Ndayishimiye estime que ce débat est instrumentalisé politiquement, renvoyant la responsabilité du diagnostic aux médecins.

Interrogé dans un entretien accordé au média en ligne Yaga, le chef de l’État a réagi aux interpellations concernant la situation de Christian Claude Butoyi, détenu depuis près de douze ans à la prison centrale de Mpimba.

« Le problème le plus courant est que les politiciens cherchent à politiser même les maladies. Ce sont uniquement les médecins qui peuvent dire si telle ou telle personne souffre de troubles mentaux. A-t-il été diagnostiqué ? C’est à ceux qui s’y intéressent de demander son diagnostic », a déclaré le président Évariste Ndayishimiye.

Le chef de l’État a toutefois rappelé que, selon lui, les détenus font l’objet d’un suivi régulier et peuvent être libérés en fonction de leur état de santé ou de leur comportement. « Le comportement de tout détenu est suivi régulièrement. C’est ainsi que, parfois, certains sont libérés pour bonne conduite, et d’autres, lorsque leur état de santé est critique, sont relâchés parce qu’ils ne sont plus en mesure de commettre des crimes. C’est prévu par la loi », a-t-il ajouté.

Par ailleurs, des voix continuent de réclamer la libération de Christian Claude Butoyi, estimant qu’une personne souffrant de troubles mentaux ne devrait pas être détenue. Selon certaines sources, il est régulièrement transféré vers un hôpital psychiatrique connu sous le nom de chez Legentil pour y recevoir des soins, un établissement où il était déjà suivi avant son incarcération en 2014.

Des interrogations persistent sur le suivi médical et l’évaluation de son état de santé au sein de la prison centrale de Mpimba, où il est détenu depuis plusieurs années.

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