Disparition de Chadia Mukaremera : la réaffectation de Chantal Bakamiriza suscite des interrogations à la CNIDH
Par: Inès Gakiza
Le dossier de la disparition de Chadia Mukaremera, employée de la Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH), continue de susciter des interrogations au sein de l’institution. Chantal Bakamiriza, ancienne secrétaire générale de la CNIDH et dernière personne à avoir échangé avec la disparue le matin de sa disparition, vient d’être réaffectée à la tête de l’antenne de la CNIDH à Butanyerera. Une décision que certains agents de la Commission considèrent comme une nouvelle manœuvre visant à la protéger, alors qu’ils réclament toujours qu’elle soit entendue sur ce dossier.
Ce 28 juillet, Chantal Bakamiriza a pris ses nouvelles fonctions de chef d’antenne de Butanyerera de la CNIDH. Ancienne secrétaire générale de la Commission nationale indépendante des droits de l’homme, elle avait été identifiée par la police comme la dernière personne à avoir communiqué, à plusieurs reprises, avec Chadia Mukaremera le matin du 25 février, jour de sa disparition.
Depuis ces révélations, la CNIDH semble divisée en deux camps. D’un côté, des agents réclament que toute la lumière soit faite sur le sort de Chadia Mukaremera et que Chantal Bakamiriza soit entendue par la justice. De l’autre, certains employés accusent la direction de la CNIDH de chercher à étouffer la vérité dans ce dossier.
En mars dernier, la CNIDH avait demandé l’ouverture d’une enquête sur la disparition de son employée. Trois mois plus tard, le parquet général a toutefois indiqué qu’aucun élément ne permettait d’affirmer que Chadia Mukaremera avait été enlevée. Le dossier a alors été classé sans suite, au motif qu’aucune infraction n’avait été établie et qu’aucun suspect ne pouvait être poursuivi.
Depuis l’ouverture de l’affaire jusqu’à son classement sans suite, certains agents de la CNIDH estiment que le peu d’actions menées par la justice et l’attitude de la direction de l’institution montrent que Chantal Bakamiriza bénéficie d’une protection. Ils affirment également que ceux qui réclament des éclaircissements sur la disparition de leur collègue font, eux, l’objet d’intimidations.
La décision du parquet de classer le dossier, alors que Chadia Mukaremera demeure introuvable depuis cinq mois, a été rendue publique le 15 juin. Peu avant cette annonce, certains agents de la CNIDH avaient demandé à leur employeur de ne pas envoyer Chantal Bakamiriza en mission en Suisse à la fin du mois de juin. Ils souhaitaient plutôt qu’elle soit entendue sur la disparition de leur collègue.
Selon ces agents, la décision du parquet avait levé l’obstacle qui empêchait le départ de Chantal Bakamiriza. Toutefois, après le classement sans suite du dossier, la commission plénière de la CNIDH avait décidé que l’ancienne secrétaire générale ne participe pas à la mission de Genève et qu’elle reste au pays.
Le président de la CNIDH, Monseigneur Blaise Martin Nyaboho, reconnaît que cette décision avait été prise, mais admet ne pas l’avoir respectée. Dans un entretien accordé à notre rédaction, il explique s’être appuyé sur la décision du parquet et estime que le déplacement de Chantal Bakamiriza, même en contradiction avec la décision de la structure dirigeante de la CNIDH, ne posait pas de problème. À son retour de mission, précise-t-il, il a expliqué la situation à la commission plénière.
« Non, je n’ai enfreint aucune loi. Des fois, le président peut prendre une décision si elle n’abîme rien. Et à notre retour, nous avons tenu une réunion avec la commission. Je leur ai expliqué la situation et je leur ai dit que, si elle trouve que mes agissements piétinent le règlement, que, étant humain, je pourrais m’en excuser et ne plus le refaire », a déclaré Monseigneur Blaise Martin Nyaboho.
La réaffectation de Chantal Bakamiriza à Butanyerera, alors que l’affaire dans laquelle elle est citée et qui n’est toujours pas résolue relève de la province de Bujumbura, où elle travaillait jusque-là, est perçue par certaines sources au sein de la CNIDH comme une manière de la protéger.
Selon ces sources, cette décision vise à l’éloigner des agents qui réclament régulièrement qu’elle soit entendue sur la disparition de leur collègue, afin d’apaiser les tensions internes et, peut-être, de faire tomber l’affaire dans l’oubli.
Une interprétation que rejette Monseigneur Blaise Martin Nyaboho. Le président de la CNIDH affirme que Chantal Bakamiriza a été réaffectée à Butanyerera pour les besoins du service. Il souligne que, même si elle travaille désormais dans une autre province que celle où les faits se sont produits, elle reste au pays. Selon lui, si la justice a besoin d’elle dans le cadre de cette affaire, elle répondra sans difficulté.

