Burundi : 40 organisations appellent l’ONU à renouveler le mandat du Rapporteur spécial sur les droits humains
Par: Davy-Claude Mbananayo
Quarante organisations de défense des droits humains demandent au Conseil des droits de l’homme des Nations unies de renouveler le mandat du Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au Burundi. Dans une lettre rendue publique le 24 août 2026, elles alertent sur la persistance de graves violations et appellent au maintien d’une surveillance internationale étroite.
Dans une lettre adressée aux représentants permanents des États membres et observateurs du Conseil des droits de l’homme, les 40 organisations demandent une nouvelle prolongation du mandat du Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au Burundi.
Les signataires estiment que la situation des droits humains dans le pays demeure préoccupante. Ils évoquent notamment des disparitions forcées, des arrestations et détentions arbitraires, des actes de torture, des exécutions extrajudiciaires ainsi que des mauvais traitements dans les prisons.
Les organisations dénoncent également la surpopulation carcérale et les mauvaises conditions de détention. Certaines prisons burundaises sont confrontées à un manque d’eau, de nourriture et de conditions d’hygiène adéquates. Elles affirment aussi que certains détenus resteraient incarcérés malgré l’expiration de leur peine ou une décision de libération.
Autre sujet d’inquiétude : les disparitions de personnes. Les organisations évoquent des enlèvements présumés impliquant notamment des membres des forces de sécurité, du Service national de renseignement ainsi que des Imbonerakure.
La liberté d’expression et la réduction de l’espace civique figurent également parmi les préoccupations soulevées. Selon les signataires, des journalistes, des défenseurs des droits humains, des militants anticorruption et d’autres voix critiques continuent de faire face à des intimidations et à diverses restrictions.
À moins d’un an de l’élection présidentielle prévue en 2027, les organisations s’inquiètent aussi de la situation politique du pays. Elles estiment que la domination du CNDD-FDD sur les institutions s’est renforcée après les élections de 2025 et que l’espace accordé à l’opposition et à la contestation pacifique s’est considérablement réduit.
La lettre évoque également la situation socio-économique du Burundi, marquée, selon les organisations, par la pauvreté, les pénuries de carburant, de devises, d’engrais et de produits de première nécessité, ainsi que par la hausse du coût de la vie. Les signataires alertent aussi sur les difficultés dans les secteurs de la santé et de l’éducation, notamment en raison du départ de nombreux médecins et enseignants.
La situation des réfugiés burundais rapatriés depuis la Tanzanie constitue également une source d’inquiétude. Les organisations dénoncent des rapatriements qu’elles considèrent comme forcés et affirment que certains rapatriés sont confrontés à des problèmes de sécurité et à la confiscation de leurs biens.
Les 40 organisations demandent au Conseil des droits de l’homme de prolonger le mandat du Rapporteur spécial, de maintenir un suivi régulier de la situation et de lui permettre d’accéder au Burundi afin d’enquêter et de documenter les violations.
Elles demandent également au gouvernement burundais de coopérer pleinement avec les mécanismes des Nations unies et souhaitent la réouverture du bureau du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme au Burundi.
Pour ces organisations, la communauté internationale doit maintenir une surveillance étroite de la situation au Burundi tant que des progrès mesurables et durables ne seront pas enregistrés en matière de droits humains, de justice, de gouvernance et de lutte contre l’impunité.
Les 40 organisations signataires sont : Abacu bari he ? (« Où sont les nôtres ? »), ACAT-Burundi, AfricanDefenders (Réseau panafricain des défenseurs des droits humains), ASD-INKINGI, Association panafricaine pour la protection des droits humains et des personnes détenues (A.PRO.D.H), Centre mondial pour la responsabilité de protéger (GCR2P), Centre pour le renforcement de l’éducation et du développement de la jeunesse (CREDEJ), CIVICUS, CNCD-11.11.11, Coalition burkinabè des défenseurs des droits humains (CBDDH), Coalition burundaise pour la Cour pénale internationale (CB-CPI), Coalition burundaise des défenseurs des droits de l’homme (CBDDH), Coalition pour la défense des droits humains / vivant dans les camps de réfugiés (CDH/VICAR), Collectif des avocats pour la défense des victimes de crimes de droit international au Burundi (CAVIB), Conseil international pour la réadaptation des victimes de torture (IRCT), DefendDefenders (Projet des défenseurs des droits humains de l’Est et de la Corne de l’Afrique), Ensemble pour le soutien des défenseurs des droits humains en danger (ESDDH), EurAc (Réseau Europe-Afrique Centrale), Fédération internationale des ACAT (FIACAT), Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), Fondation Rester debout pour la paix (FOREDEPA), Forum pour la conscience et le développement (FOCODE), Forum pour le renforcement de la société civile (FORSC), Human Rights Watch, Institut de Hawaï pour les droits humains (Hawai’i Institute for Human Rights), King Umurundi Freedom (KUF-ASBL), Lawyers’ Rights Watch Canada, Light For All, Ligue Iteka, Mouvement des femmes et filles pour la paix et la sécurité (MFFPS), Mouvement INAMAHORO, Organisation mondiale contre la torture (OMCT), Pax Christi International, Refugee Rights Action Organization (RRAO), Réseau des citoyens probes (RCP), Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (REDHAC), Réseau ouest africain des défenseurs des droits humains (ROADDH), Service international pour les droits de l’Homme (SIDH), SOS-Torture/Burundi et Tournons la Page Burundi.

