Affaire Sandra Muhoza : RSF dénonce une ‘’criminalisation du journalisme’’
Condamnée une première fois puis rejugée après l’annulation de la procédure initiale, la journaliste burundaise Sandra Muhoza a écopé cette fois de quatre ans de prison ferme. Une décision dénoncée comme arbitraire par son avocat et par Reporters sans frontières (RSF), qui y voient une volonté manifeste de criminaliser le travail journalistique au Burundi.
La journaliste burundaise Sandra Muhoza, déjà condamnée une première fois à 21 mois de prison, a vu sa peine presque doubler à l’issue d’un nouveau procès tenu au tribunal de Ngozi. La première procédure avait été annulée après que la cour d’appel s’est déclarée incompétente. Rejugée sur des accusations différentes, elle a finalement été reconnue coupable d’“atteinte à l’intégrité du territoire national” et d’“aversion raciale”, selon Reporters sans frontières (RSF).
Pour son avocat, Maître Rémy Nsabimana, cette nouvelle décision est dépourvue de fondement juridique. Il estime que les faits reprochés ne correspondent à aucune infraction prévue par le code pénal burundais, et qu’aucun indice sérieux ne permet de soutenir une culpabilité. « Il n’y a aucune base légale pour une telle condamnation. L’acquittement aurait dû s’imposer. Interjeter appel reste la seule voie possible », a-t-il déclaré.
RSF dénonce de son côté une persécution systématique. L’organisation rappelle que la journaliste avait été arrêtée pour avoir simplement relayé un message dans un groupe WhatsApp professionnel, un acte qui ne saurait constituer un crime. L’ONG critique également les manœuvres ayant prolongé sa détention : arrestation jugée arbitraire, changement d’accusations, conflits de compétence judiciaire et refus répété de liberté provisoire malgré la fragilité de son état de santé.
Pour RSF, la sévérité de la peine illustre une volonté de criminaliser l’exercice du journalisme et d’étouffer toute voix critique. L’organisation appelle à la libération immédiate de Sandra Muhoza, la seule femme journaliste actuellement en détention dans toute l’Afrique subsaharienne. Dans son communiqué, RSF rappelle que le Burundi occupe la 125ᵉ place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse 2025.

