Révérien Ndikuriyo reste aux commandes du CNDD-FDD
Par: Josiane Muzaneza
Homme clé du parti au pouvoir depuis plus de deux décennies, Révérien Ndikuriyo conserve le secrétariat général du CNDD-FDD. Derrière cette longévité politique se profile un parcours jalonné de scandales, de discours polarisants et d’une influence toujours grandissante.
La reconduction de Révérien Ndikuriyo au poste de secrétaire général du CNDD-FDD a été officialisée le 25 janvier 2025 à Gitega, lors du congrès national du parti présidentiel. Une confirmation sans surprise, mais qui relance le débat sur le poids politique et idéologique de cet homme au parcours aussi long que houleux.
Ancien combattant du mouvement rebelle devenu parti au pouvoir, Ndikuriyo a été démobilisé après avoir subi un handicap à la jambe. Son entrée sur la scène administrative remonte à 2004, lorsqu’il est nommé gouverneur de Makamba, sa province d’origine. Son passage à ce poste a toutefois été marqué par un scandale financier impliquant la microfinance IDC, parrainée par le CNDD-FDD, accusée d’avoir détourné des dizaines de milliards appartenant aux habitants de la région ; une affaire restée sans suite.
Entre 2007 et 2015, il enchaîne les fonctions électives : député, puis sénateur, avant d’accéder à la présidence du Sénat en août 2015, en pleine tourmente politique liée au troisième mandat contesté de l’ancien président Pierre Nkurunziza. Deux mois plus tard, ses déclarations publiques dans les quartiers nord de Bujumbura font scandale : il appelle alors ses partisans à « travailler » contre les opposants, un terme lourdement chargé de références historiques dans la région. Le verbe rappelle celui utilisé par les Hutus pour éliminer les tutsis lors du génocide des tutsis perpétré au Rwanda en 1994.
Quelques mois auparavant, en avril 2015, il avait exhorté les contestataires à se « pendre sur de gros poteaux ». Ces propos, jugés incitatifs à la violence, marquent le début d’une longue série de discours polarisants attribués au dirigeant.
Le plus emblématique reste celui prononcé en septembre 2019 à Marangara (Ngozi), où il a promis une récompense de 5 millions FBu à quiconque lui remettrait la tête d’un habitant de Bururi, Pascal Niganza, alias Kaburimbo. Quelques mois plus tard, ce dernier et trois de ses employés furent sauvagement assassinés à leur domicile.
Sous sa direction, les Imbonerakure, la jeunesse du CNDD-FDD, ont connu un renforcement idéologique et paramilitaire notable. Ndikuriyo a publiquement défendu leur formation au maniement des armes et évoqué leur possible engagement dans des missions extérieures. Certains d’entre eux ont par la suite été envoyés sur le front en République démocratique du Congo, vêtus d’uniformes militaires burundais et plusieurs n’en seront jamais revenus.
Révérien Ndikuriyo a également affirmé, sans détour, que le CNDD-FDD était devenu un parti-État, et que quiconque refusera d’y adhérer en paiera le prix fort. Ceux qui en ont fait les frais sont entre autres les membres du parti CNL pro Agathon RWASA.
Il est même allé plus loin en appelant les femmes enceintes à commencer à enseigner l’idéologie du parti aux enfants en leurs seins afin qu’ils naissent aguerris, ce qui viole le droit protégeant les enfants de toute exploitation politique.
Et, à l’instar du bicéphalisme Radjabu-NKURUNZIZA, Révérien NDIKURIYO est le seul mugumyabanga qui a osé contredire le président Ndayishimiye à travers ses différents discours. Il est même le premier responsable du parti de l’aigle à avoir osé organiser des croisades évangéliques de longues durées et successives, un privilège qui jusqu’ici, était détenu par la seule famille présidentielle.

