Banalisation des discours de haine ou planification d’un génocide ?

Le discours de haine n’a jamais été aussi décomplexé. La période des cent jours du Général Evariste Ndayishimiye a vu éclore un genre nouveau de ceux qui se font passer pour des porte-parole de tel ou tel groupe sans se cacher et en toute impunité. Des institutions aux individus, en passant par les plus connus de tous : les Imbonerakure.

’Ce sont des punaises qu’il faut écraser.’’ C’est le mot de passe qui a été donné il y a une semaine à peine aux Imbonerakure de Kirundo. Les punaises en question, ce sont les opposants, comme cela a été précisé dans la réunion à laquelle avaient été conviés les jeunes du CNDD-FDD, plongeant la population dans une peur panique. C’était en présence du président de la ligue des jeunes du CNDD-FDD au niveau national, Sylvestre Ndayizeye. Un autre, qui en a presque fait sa chanson préférée, c’est le président de la Commission vérité-réconciliation. Pierre-Claver Ndayicariye ne met plus les gants pour qualifier de « Hutus » les victimes des massacres du passé dont les restes sont exhumés des fausses communes par la CVR, comme ce fut le cas à Makamba il y a trois semaines. Une qualification qui fait dire à nombre d’observateurs qu’elle ne vise rien d’autre qu’à diviser les burundais.

Pire encore, le parti au pouvoir se met désormais à distribuer des cadeaux aux auteurs des discours de haine à caractère génocidaire. C’est le cas de la section du CNDD-FDD en Belgique qui a octroyé un financement à un certain Kenny-Claude Nduwimana. Dans un élément sonore diffusé sur les réseaux sociaux par ce dernier et dans lequel il dit être membre du CNDD-FDD, Kenny-Claude Nduwimana remercie sans détour ladite section pour un financement qui « lui permettra de mieux faire son travail ». Une récompense donc pour les messages de haine que celui qui dit être un journaliste poste par dizaines sur YouTube et Whatsapp, traitant les Tutsis de ‘’buveurs de sang des Hutus’’ et d’ ‘’ étrangers’’ dont il faut à tout prix se débarrasser. Autre preuve que ces discours de haine s’institutionnalisent, étant donné que jusqu’aujourd’hui, les instances de direction du CNDD-FDD ne se sont jamais désolidarisées de sa section en Belgique et encore moins dénoncé cet acte.

Par ailleurs, tous les auteurs des discours de haine, dont Kenny-Claude Nduwimana, devenu le porte-parole de ce que d’aucuns qualifient de processus vers un génocide, ne sont nullement inquiétés. Conseil national de la communication, police, justice, etc, tous ferment les yeux. Au-delà d’une banalisation évidente des discours de haine, le pouvoir en vient aujourd’hui à afficher publiquement son soutien à leurs auteurs.