Présidence : des salaires amputés au profit du CNDD-FDD
Par: Clovis Niyonzima
Des retenues mensuelles au profit du parti au pouvoir, variant de 5 000 à 200 000 francs burundais, figurent désormais directement sur les fiches de paie de certains agents de la Présidence de la République. Une pratique qui confirme l’institutionnalisation d’une contribution financière au CNDD-FDD au sein de l’administration publique.
Au Burundi, la ponction financière au profit du parti au pouvoir ne relève plus du secret de polichinelle. Historiquement documentée au sein des ministères, la pratique s’institutionnalise désormais au sommet de l’appareil étatique. Dans les services de la Présidence de la République, les cotisations destinées au CNDD-FDD, variant de 5 000 à 200 000 francs burundais, figurent directement sur les fiches de paie officielles.
Cette intégration formelle concrétise, selon les informations recueillies, la fusion entre l’administration publique et la structure partisane. Au sein des services stratégiques de la Présidence, l’engagement financier envers la formation au pouvoir a perdu tout caractère bénévole.
La procédure est rigoureusement encadrée et ne laisse aucune marge de manœuvre aux agents publics. Chaque fonctionnaire se voit présenter une liste nominative sur laquelle il est tenu d’entériner le montant de la retenue mensuelle opérée à la source sur son traitement.
Ce dispositif s’appuie sur une coercition implicite mais systématique. Toute réticence à signer ou à contribuer expose l’agent à une suspicion immédiate de la hiérarchie et au risque d’être qualifié d’opposant. Cette étiquette politique constitue une épée de Damoclès permanente, particulièrement menaçante pour les nouveaux cadres accédant aux hautes fonctions de l’État.
L’apparition explicite de ces prélèvements sur les bulletins de paie officiels délivrés par l’employeur étatique apporte une preuve matérielle aux dénonciations récurrentes des agents de la fonction publique. Elle confirme le détournement des mécanismes administratifs et financiers de l’État au service de l’approvisionnement des caisses du parti présidentiel.

