OBR : l’interdiction faite aux anciens employés de travailler dans certains secteurs privés suscite la controverse
Par: Josiane Muzaneza
L’interdiction faite aux anciens employés de l’Office burundais des recettes (OBR) de travailler dans certains secteurs privés pendant cinq ans après leur départ suscite une vive contestation. Prévue par l’article 266 de la loi budgétaire 2026-2027, cette mesure est présentée par le gouvernement comme un moyen de protéger les intérêts de l’État. Mais des employés et anciens cadres de l’OBR y voient plutôt une tentative de retenir des agents expérimentés, alors que les départs se multiplient au sein de l’institution.
Le nœud de la controverse se trouve dans l’article 266 nouvellement introduit dans la loi budgétaire 2026-2027. Celui-ci stipule qu’« au titre de la gestion budgétaire 2026/2027, il est interdit au personnel de l’Office burundais des recettes ayant cessé leurs fonctions à la suite d’une démission, d’une destitution ou d’un licenciement, de prester en qualité de conseil comptable ou fiscal, avocat-conseil ou déclarant en douane d’un contribuable, avant l’expiration d’une période de cinq ans, comptée à partir de la date de démission, de destitution ou de licenciement ».
Dès l’annonce de cette nouvelle disposition, plusieurs employés de l’OBR l’ont contestée, la qualifiant de contraignante et d’injuste. Face à la polémique, le ministre en charge des Finances, Alain Ndikumana, a été appelé à s’expliquer devant les élus du peuple.
Le ministre a notamment affirmé que la mesure visait les anciens employés qui deviennent déclarants en douane après leur démission. « Aujourd’hui, tous les démissionnaires sont des déclarants. Qu’ils sachent alors qu’ils ne pourront pas exercer avant cinq ans. Ceci parce que nous avons constaté qu’ils font exprès de cacher certaines informations, de façon qu’une fois face à eux au tribunal, on ne peut les vaincre », a-t-il déclaré.
Ces explications n’ont toutefois pas convaincu plusieurs employés et anciens cadres de l’OBR. Un cadre de l’institution, qui s’est confié à la RPA sous couvert d’anonymat pour des raisons de sécurité, estime que la véritable raison de cette mesure est liée à l’expérience accumulée par les agents qui quittent l’Office.
« Ceux qui sont en train de démissionner sont des anciens qui ont beaucoup d’expérience. Ce qui veut dire qu’ils connaissent très bien toutes les failles et lacunes contenues dans les lois », affirme-t-il.
Selon cette source, les départs des employés expérimentés interviennent alors que l’OBR recrute de nouveaux agents dont les compétences sont, selon lui, insuffisantes pour faire face à certaines situations. Il estime que cette situation pourrait expliquer les inquiétudes du gouvernement quant à une éventuelle baisse des recettes collectées par l’institution.
Les anciens employés de l’OBR partagent cette analyse. L’un d’eux, qui s’est confié à la RPA, dénonce les explications fournies par le ministre des Finances et invite plutôt le gouvernement à s’attaquer aux causes profondes des départs massifs au sein de l’institution.
« Ses dires ne sont que des échappatoires. Le plus important est de dégager le pourquoi de ces départs massifs. Ils démissionnent parce qu’ils jugent qu’ils ne sont pas bien traités, en plus des salaires qui ne les satisfont pas », explique-t-il.
Selon cet ancien employé, la crainte du gouvernement est également liée au risque de voir les recettes diminuer en raison du départ des agents expérimentés. Il affirme par ailleurs que les nouveaux recrutés, qu’il présente comme proches du parti au pouvoir, bénéficient de meilleures conditions salariales, une situation qui, selon lui, exacerbe le mécontentement des anciens employés.
Ces derniers rappellent également que le Code du travail ne prévoit pas, selon eux, qu’un employé démissionnaire doive obtenir l’autorisation de son ancien employeur avant d’embrasser une nouvelle carrière. Ils estiment ainsi que la nouvelle disposition constitue une restriction injustifiée au droit de travailler.

