Profanation des mausolées des victimes tutsis au Burundi

Les transcriptions qui se trouvaient sur le monument des réfugiés Banyamurenge massacrés à Gatumba en 2004 ont été effacées il y a quelques jours. A cela, vient s’ajouter le vol de la croix érigée sur le mausolée des élèves Tustis brûlés vifs à Kibimba en 1993. Un vol perpétré au cours de ce mois de décembre.

La clôture de la tombe des 166 réfugiés tutsis Banyamurenge, massacrés le 16 août 2004 se trouve sur la deuxième transversale de la zone Gatumba en commune Mutimbuzi de la province Bujumbura. C’est à quelques mètres du 111ème bataillon du camp Gatumba, sur la route menant vers la colline Vugizo.

Les habitants proches de la tombe de ces Banyamurenge affirment avoir vu, il y a quelques jours, Hussein Ntahetwa, le chef de la zone Gatumba, accompagné par un groupe d’Imbonerakure entrer à l’intérieur de cette clôture munis de peinture. Ce chef aurait, selon les mêmes habitants, juré de détruire cette tombe, et ce peu de temps avant sa profanation.

« Non seulement il y avait le chef de la zone Gatumba et plusieurs Imbonerakure, mais d’autres autorités que nous n’avons pas pu identifier étaient également présentes. Ils  étaient munis de pot de peinture de couleur bleue et se sont mis à effacer les écriteaux. En profanant cette tombe, ils disaient que les restent de ces banyamulenge devraient être renvoyés chez eux au Congo pour éviter que ce site soit mémoratif», témoigne un des habitants de cette localité.

Le chef de la zone Gatumba aurait même intimé l’ordre aux Imbonerakure de surveiller quiconque viendrait faire un recueillement sur la tombe de ces réfugiés tutsis Banyamurenge.

Vol de l’une des croix érigées sur le monument de Kwibubu

Le 15 décembre courant, une des deux croix qui avaient été érigées au mausolée où reposent les restes de plus de 150 élèves Tutsis du lycée de Kibimba brulés vifs dans la foulée, après l’assassinat du président Melchior Ndadaye le 21 octobre 1993 a été volé par des personnes jusque-là inconnues. Les informations fournies par la population de Kwibubu dans la commune Giheta en province de Gitega indiquent que cette croix était en métal et qu’elle était facilement déplaçable.

Nombreux sont ceux qui sont convaincus qu’il existe un lien étroit entre le vol de cette croix et l’interdiction cette année de la commémoration du massacre de ces élèves Tutsis par les autorités administratives de la commune Giheta et de la province Gitega. Pourtant, cela faisait 26 ans que les associations de défense des victimes et les parents de ces élèves tués se rassemblaient chaque année au mémorial de Kwibubu pour rendre hommage aux disparus.

Les associations de défense des victimes Tutsis tel que l’organisation AC-Génocide s’inscrivent en faux contre cette mesure qu’elles qualifient de négationnisme du génocide perpétrée contre les élèves tutsis du lycée Kibimba. «  Nous condamnons ces profanations des vestiges des Banyamulenge ainsi que ceux du mausolée de Kwibubu où reposent les jeunes élèves tutsi brûlés vif en 1993. Nous craignons qu’il ne s’agisse d’actes coordonnés visant à effacer toute trace des crimes commis au Burundi. Nous demandons aux Nations-Unies de traduire en justice les auteurs des actes commis au Burundi. Nous déplorons également la complicité de la Commission Vérité et Réconciliation qui n’a pas encore condamné ces actes de profanation de ces vestiges » A déclaré Emmanuel Nkurunziza, représentant de l’AC-Génocide, section Canada.

A ce propos, la rédaction de la RPA a contacté Hussein Ntahetwa, le chef de la  zone Gatumba. Mais nous nous abstenons de transcrire sa réponse car pleine d’injures.