Prise de conscience ou perfidie ? Le Numéro Un burundais sollicite la main des médias

Le président de la République exhorte le Conseil National de la Communication à faire table rase d’urgence avec les responsables des médias suspendus ou encore sous sanctions afin de remédier à cette situation. Evariste Ndayishimiye rappelle que l’Etat a plutôt l’obligation de soutenir les médias, piliers indispensables du développement du pays.

Au cours d’un atelier d’échange avec les responsables des médias tenu ce jeudi, Evariste Ndayishimiye a signalé qu’il a du mal à comprendre comment le gouvernement serait l’ennemi des professionnels des médias au moment où ces derniers sont d’une importance cruciale pour la survie du pays.

« Vous vous êtes engagés volontairement à être des journalistes. Œuvrez donc dans le sens de mettre de l’ordre dans le pays. Et pour que cela puisse être effectif, vous devez vous en remettre au commandant suprême. Je ne parviens vraiment pas à concevoir le fait que le gouvernement et les journalistes se regardent toujours en chien de faïence. Ce n’est pas possible. En principe, l’Etat devrait se réjouir de votre travail de journalistes. Son devoir est de veiller sur votre bien être et vous faire justice et non pour de vous malmener. Par ailleurs, vous à l’Etat apporter une main forte en tenant la population informée », a déclaré le Président de la République.

Evariste Ndayishimiye a également précisé que l’Etat joue le rôle de régulateur des conflits entre le pouvoir politique et le quatrième pouvoir mais ne devrait pas y prendre part.

« Vous vous êtes dotés des institutions afin qu’ils assurent votre providence. Et si ce n’est pas le cas, c’est-à-dire qu’il y a quelque chose qui cloche. Le tort revient soit aux autorités ou bien à vous les journalistes. L’Etat est là en principe pour nous départager. Comment l’Etat pourrait alors être partie au conflit ?»

Le président de la République a par la suite interpellé le Conseil national de communication à s’asseoir avec les responsables des médias dans l’objectif d’étudier la levée des sanctions prises contre certains d’entre eux.

« Ce que je peux vous promettre c’est que nous allons corriger les erreurs du passé. Il y a des médias qui sont sous sanctions. J’ordonne au CNC de s’asseoir ensemble avec leurs responsables pour vider cette question une fois pour toutes. N’oubliez pas que nous nous sommes même entretués mais c’est du passé. Voudriez-vous assister au suicide du gouvernement? Nous devons couper court avec notre sombre passe. »

Des interrogations sur la réalisation des propos d’Evariste Ndayishimiye

Le Directeur de la Radio Publique Africaine, un des trois médias suspendus depuis 2015, salut la volonté du président Evariste Ndayishimiye. Toutefois, la préoccupation de Bob Rugurika est de savoir comment le Conseil National de la Communication pourra s’entretenir avec les responsables des médias qui sont tous sous mandat d’arrêts internationaux.

« Nous ne pouvons que saluer l’annonce du Chef de l’Etat, si du moins il serait sincère à travers ces propos. Nous sommes toujours ouverts à toute initiative qui pourrait ramener le Burundi à une situation normale. Toutefois, cette annonce de Monsieur Ndayishimiye suscite des interrogations. Comment le Conseil National de la Communication va-t-il s’asseoir avec des responsables de ces médias en question qui sont sous mandat d’arrêt, exilés et pourchassés par le pouvoir ? Personnellement, je trouve qu’il devrait y avoir d’autres préalables. Mais là je préfère rester optimiste et attendre ce que je considère, si cela venait à se réaliser, comme un miracle », a déclaré le Directeur de la RPA.

Bob Rugurika estime que la résolution de la crise burundaise ne résultera plutôt que du dialogue entre tous les acteurs politiques burundais. « Il est tout de même important de signaler et de préciser que le retour à la normale pour le Burundi n’est pas une affaire entre les médias et le gouvernement Ndayishimiye. Il  s’agit d’une affaire nationale. Cette affaire concerne tous les Burundais en situation de conflit avec le régime. C’est-à-dire toutes les victimes de cette crise qui perdure, à l’instar du cas récent de Madame Christa Kaneza. »

Bob Rugurika de conclure en se demandant qu’il ne s’agirait pas d’un simple coup diplomatique visant à berner l’Union Européenne en vue d’une éventuelle levée de sanctions.