Politique calculée de la chaise vide ou simple bouderie ?

Gitega n’est pas du tout chaud pour la normalisation de ses relations diplomatico-sécuritaires dans la sous-région. Ces derniers jours, il a refusé la main tendue par Kinshasa d’une part et multiplie des accusations contre Kigali d’autre part.

Ces derniers temps, il existe des signes avant-coureurs de manque de volonté de la part de Gitega de renormaliser ses relations avec les pays voisins. Ce mercredi 08 Octobre, Gitega a décliné sa participation au mini-sommet de Goma. Un mini-sommet aux allures politico-sécuritaires et économiques. Par ailleurs, Evariste Ndayishimiye avait minimisé l’importance de ce mini-sommet et la poigne des participants. ‘’ Cette réunion n’est rien d’autre qu’une rencontre amicale pour discuter sur certaines questions. Donc, si vous analysez la procédure d’initiation et les participants y conviés, vous pouvez voir qu’il s’agit d’une réunion dépourvue de tout cadre formel. Il n’y a pas de quorum exigé. Au cas contraire, on pourrait se poser la question de savoir pourquoi la Tanzanie ou la Zambie n’ont pas été invitées.’’

En outre, Evariste Ndayishimiye ne cesse de cracher du venin contre le Rwanda. Le dernier exemple en date, c’était au cours de sa conférence publique d’auto-évaluation sur ses 100 jours de règne. ‘’ Le seul problème que nous avons est celui du Rwanda et tous les burundais le savent bien. Nous trouvons plutôt que le Rwanda est en train de préparer les rebelles pour attaquer le Burundi car nous savons très bien que le Rwanda ne souhaite pas du bien au Burundi. Comment peux-tu marcher main dans la main avec quelqu’un qui prétend être ton ami et partager un verre avec lui sachant qu’au moment opportun, il va t’empoisonner ?’’

Pourtant, Gitega rate de saisir certaines opportunités. Kigali a déjà manifesté sa volonté de coopération en matière sécuritaire en arrêtant le 29 Août 2020 des rebelles burundais et en les présentant à la CIRGL. Un geste consécutif à la rencontre de haut niveau entre les responsables des renseignements militaires des deux pays dans l’objectif de renormaliser les relations bilatérales. Un geste qui devrait également apaiser les tensions entre Gitega et Kigali qui s’accusent réciproquement de soutenir des rebelles sur leurs territoires.

Aveuglée, la diplomatie burundaise semble également oublier le poids de Félix Tshisekedi Tchilombo, futur Président de l’Union Africaine.

Une politique dangereuse pour le Burundi

Selon Colette Braeckman, journaliste belge et experte de la sous-région, non seulement Gitega a manqué une opportunité d’assainir ses relations avec certains de ses voisins, mais aussi cette bouderie risque d’abimer les relations jusque-là au bon fixe. ‘’ C’est vraiment regrettable. Ça veut dire que le travail préparatoire n’a pas été suffisant parce que, avant qu’il y ait un sommet comme ça, il faut préparer et convaincre tous les partis. Apparemment, ça n’a pas été suffisant malgré la visite de la ministre congolaise. Je ne peux pas croire qu’il ne mesure pas l’importance d’un tel sommet car c’est un homme expérimenté. Il doit savoir que le sommet était important d’autant plus que le président Tshisekedi va exercer la présidence de l’Union Africaine l’année prochaine et qu’il essaie à cet effet d’avoir des succès diplomatiques.’’

Pour Colette Braeckman, en convoquant ce mini-sommet, le président congolais a voulu montrer qu’il prend des initiatives pour faire avancer la paix dans la région. Ce qui fait qu’en mécontentant son voisin congolais, le président du Burundi prend aussi des risques. ‘’Il sait que les relations ne sont pas bonnes entre la Tanzanie et Kigali et il s’est dit que si la Tanzanie était présente, il aurait un autre pays pour l’appuyer. C’était un calcul sauf qu’ici ce n’était pas un sommet de l’UA mais plutôt un sommet qui rassemblait les pays qui sont vraiment voisins. C’était beaucoup plus circonscrit à deux pays qui sont tout de même en difficultés, avec des groupes armés qui opèrent chacun dans les frontières de l’autre. Donc, il fallait mettre des choses sur table. ‘’

Et cette journaliste belge de conclure en précisant que, à l’instar des autres chefs d’Etats de la sous-région, le président du Burundi doit tout faire pour être reconnu par ses paires, afin que ces derniers l’acceptent comme membres du club. Mais au lieu de ça, poursuit-elle, il a raté cette occasion en boycottant ce sommet, une politique qui ne fait pas du tout avancer les choses en plus d’être très dangereuse pour lui.