Maladies rénales au Burundi : une menace silencieuse qui manque encore d’attention
Par: Davy Claude Mbananayo
Les maladies du rein touchent près d’un Burundais sur dix, alors que la plupart des cas pourraient être évités par la prévention et un suivi médical régulier. Faute d’équipements, de spécialistes et de dépistage précoce, de nombreux patients arrivent toutefois à l’hôpital à un stade déjà très avancé de la maladie, avec des chances limitées de survie.
Au Burundi, la maladie du rein fait partie de ces pathologies peu visibles mais pourtant de plus en plus menaçantes pour la santé publique. Les spécialistes la qualifient de « maladie silencieuse », car elle progresse souvent sans symptômes spécifiques jusqu’à un stade avancé, où les possibilités de traitement sont réduites. Pour les familles, la prise en charge représente un lourd fardeau financier et psychologique, d’autant plus que de nombreux cas auraient pu être prévenus grâce à une meilleure information et un suivi médical adapté.
Selon les médecins spécialistes des maladies rénales, environ 10% de la population burundaise souffrirait d’affections des reins, un niveau comparable à la prévalence mondiale estimée par plusieurs études. L’insuffisance rénale, qui correspond à la perte partielle ou totale du bon fonctionnement des reins, n’est pas une maladie unique, mais la conséquence de plusieurs facteurs de risque. Parmi les principales causes figurent l’hypertension artérielle et le diabète, notamment lorsqu’ils ne sont ni diagnostiqués à temps ni correctement pris en charge. Les spécialistes mentionnent également certaines infections, l’automédication répétée sans avis médical, ainsi que l’usage de remèdes traditionnels dont la toxicité pour les reins reste mal connue.
La prise en charge de ces maladies demeure un défi majeur au Burundi. Les structures capables de traiter les insuffisances rénales restent rares, en particulier celles disposant de services de dialyse, cette technique qui permet de filtrer le sang à l’aide d’une machine lorsque les reins ne fonctionnent plus correctement. D’après les données disponibles, les quelques unités de dialyse existantes sont presque toutes concentrées dans la ville de Bujumbura, ce qui oblige les patients des provinces à parcourir de longues distances pour recevoir des soins, parfois plusieurs fois par semaine.
Le manque de ressources humaines spécialisées complique encore davantage la situation. Le pays ne compte que quelques néphrologues pour l’ensemble de la population, un chiffre très en dessous des besoins, comme dans la plupart des pays à faible revenu. Ces spécialistes sont majoritairement basés dans la capitale économique, laissant les hôpitaux de l’intérieur du pays sans expertise dédiée à la prise en charge des maladies rénales. Beaucoup de patients sont suivis par des généralistes qui, malgré leurs efforts, ne disposent ni du temps ni des moyens techniques pour assurer un suivi régulier et approfondi.
Les médecins constatent également que de nombreux patients consultent très tard, souvent lorsque la maladie a déjà atteint un stade avancé. À ce moment, les reins sont parfois irrémédiablement endommagés et la seule option reste une dialyse prolongée, voire une transplantation, une option quasi inexistante pour la majorité des Burundais. Le vice‑président de l’Association des médecins spécialistes des maladies rénales au Burundi, le docteur Romeo Irankunda, insiste ainsi sur l’importance de la prévention et du dépistage précoce pour « éviter que les patients n’arrivent à l’hôpital lorsque la situation est déjà catastrophique ».
Face à cette réalité, les experts appellent à un renforcement de la sensibilisation de la population. Ils recommandent un contrôle régulier de la tension artérielle et de la glycémie, en particulier chez les personnes à risque comme les diabétiques, les hypertendus ou celles ayant des antécédents familiaux de maladies rénales. Ils plaident aussi pour l’augmentation du nombre d’infrastructures et d’équipements spécialisés, ainsi que la formation de nouveaux néphrologues afin de rapprocher les soins des patients des provinces. Sans ces efforts, préviennent-ils, les maladies rénales continueront à se développer dans l’ombre, avec un coût humain et économique de plus en plus difficile à supporter pour le pays.

