Plus de 5000 prisonniers récemment graciés croupissent toujours en prison

Le décret présidentiel du 5 mars 2021 portant mesure de grâce à plus de 5.000 condamnés n’est toujours pas mise en application, deux semaines après. Une situation qui crée une polémique. Certains disent que le président Evariste Ndayishimiye serait de bonne foi mais se heurterait à certaines autorités du pays.

Depuis la crise socio-politique de 2015, plusieurs défenseurs des droits de l’homme et observateurs tant nationaux qu’internationaux ont dénoncé la surpopulation carcérale et l’existence de plusieurs détenus politiques dans les différentes prisons du Burundi. Cette question est au cœur même de toutes les recommandations de la communauté internationale à l’endroit du gouvernement burundais ainsi que dans les discours de l’Union Européenne en ce qui concerne la levée des sanctions sur le Burundi.

Ainsi, au cours d’une conférence publique du 30 décembre 2020, le numéro un burundais avait promis que les problèmes des détenus allaient être résolus. Cette promesse a été concrétisée par le décret présidentiel sorti le 05 mars 2021 à travers lequel le président Ndayishimiye a gracié 5.255 condamnés. Pourtant, au moment où ce décret a pour effet immédiat, deux semaines viennent de s’écouler sans que cette mesure soit mise en application.

Une situation qui crée une polémique

La non-application de ce décret présidentiel suscite une grande polémique au sein de l’opinion. Certains évoquent que les durs du régime auraient refusé la mise en application de ce décret. D’autres, plus sceptiques, pensent plutôt à une opération de séduction de l’Union Européenne par le régime du parti CNDD-FDD en vue de la levée des sanctions qui pèsent encore sur le Burundi. Cette deuxième catégorie des personnes s’appuie sur le fait que l’institution présidentielle reste la seule à avoir le dernier mot.

Toutefois, d’après le ministère de la justice, la non-application de cette grâce présidentielle s’explique par une correction en cours des erreurs constatées. Et sur ce, d’aucun s’interroge alors sur la valeur du décret présidentiel et estime qu’il aurait été abrogé, ce qui n’est pas le cas. Pendant ce temps, les bénéficiaires de cette mesure de grâce restent toujours sous les verrous. Ce que les défenseurs des droits de l’homme au sein de l’association chrétienne pour l’abolition de la torture, ACAT-Burundi, déplorent et qualifient de violations des droits des prisonniers. L’ACAT-Burundi interpelle ainsi le ministre de la justice en charge de l’application de cette mesure de grâce de la mettre en application dans les plus brefs délais.