Burundi : des zones d’ombre autour des frais de l’avion présidentiel
Par: Inès Gakiza
Depuis plusieurs années, l’État burundais affirme consacrer des montants importants à l’entretien de l’avion présidentiel stationné en Espagne. Mais des enquêtes de terrain révèlent un écart significatif entre les dépenses annoncées et les coûts réels, soulevant des interrogations sur l’utilisation des fonds publics.
Chaque année, le budget de l’État burundais prévoit une ligne dédiée à l’entretien et à la réparation de cet appareil. Ces dépenses ont changé avec le temps. Entre 2018 et 2022, le gouvernement indiquait consacrer plus de 650 millions de francs burundais par an à cet avion. Depuis 2023, ce montant a été revu à la baisse, pour se situer à un peu plus de 300 millions de francs burundais par an.
Convertis en euros, selon le taux de change actuel de la Banque centrale, ces montants représentent un peu plus de 96 000 euros par an sur les quatre dernières années.
Interrogées à plusieurs reprises, les autorités burundaises expliquent que ces dépenses couvrent principalement les frais de parking ainsi que l’entretien de l’appareil.
Des investigations menées par la RPA à l’aéroport de Cuatro Vientos, en Espagne, où l’avion est immobilisé depuis près de dix ans, confirment que les frais de stationnement sont bien acquittés. L’appareil n’accumule aucune dette liée à son parking.
Selon les informations recueillies sur place, les tarifs varient en fonction du poids de l’avion et de l’existence d’un contrat avec les gestionnaires de l’aéroport. Pour un Gulfstream G-IV, le coût annuel est de 12 000 euros avec contrat, et de 18 000 euros en l’absence d’accord.
Dans ce contexte, si l’on considère que l’État burundais prend en charge ces frais, une large part des 96 000 euros annoncés chaque année reste inexpliquée. Après paiement du parking, il reste au moins 78 000 euros par an.
Officiellement, cette somme est destinée à l’entretien de l’avion. Pourtant, selon des sources sur place, l’appareil apparaît à l’abandon : il n’est ni entretenu de manière visible, ni déplacé depuis plusieurs années.
Cette situation soulève une question centrale : à quoi servent réellement ces dizaines de milliers d’euros censés être consacrés chaque année à la maintenance de cet avion ?
Avant 2023, ces montants étaient encore plus élevés, en raison notamment de prévisions budgétaires plus importantes, d’un taux de change plus avantageux et de coûts de stationnement inférieurs à ceux pratiqués aujourd’hui.

