Boissons fortement alcoolisées : entre interdiction et écoulement des stocks
Par: Josiane Muzaneza
Alors que les autorités burundaises affirment vouloir mettre fin à la commercialisation des boissons fortement alcoolisées responsables de nombreux décès, certaines mesures appliquées sur le terrain semblent contredire cet objectif. Des responsables administratifs ont notamment autorisé l’écoulement des stocks existants, malgré les risques sanitaires reconnus par les autorités elles-mêmes.
Les discours des autorités sur l’éradication des boissons fortement alcoolisées et dangereuses pour la santé contrastent avec certaines décisions prises sur le terrain. Alors que le gouvernement assure vouloir protéger la population, la poursuite de la commercialisation des stocks existants suscite des interrogations.
« On ne peut pas cautionner que nos citoyens continuent à mourir sans rien faire. Et il n’y a rien de compliqué », a déclaré le président de la République, Évariste Ndayishimiye.
Son chef du gouvernement, Nestor Ntahontuye, reconnaît toutefois les difficultés rencontrées dans la lutte contre ces boissons : « Le problème auquel on fait souvent face est en rapport avec les fabricants qui trichent et ne respectent pas les normes. Et comme la BBN n’a pas assez de personnel, il ne nous est pas alors facile de contrôler ce qui se passe sur tout le territoire national. »
Le Premier ministre estime néanmoins que les administratifs peuvent contribuer à limiter les dégâts en signalant rapidement les cas liés à la consommation de ces boissons et en procédant à la confiscation des stocks suspects. « Aussitôt qu’un administratif constate qu’un consommateur est victime de ce genre de boissons, il doit impérativement se saisir de l’affaire et confisquer ce stock afin de le remettre à la BBN pour vérifier si ces boissons remplissent réellement les normes exigées. Comme ça, ces boissons ne pourront plus continuer à nuire à la santé de ses administrés. »
Sur le terrain, certaines décisions semblent toutefois s’écarter de ces consignes. En commune Bururi, dans la province de Burunga, des commerçants ont reçu l’ordre d’écouler l’ensemble de leurs stocks avant l’expiration du délai de deux semaines qui leur avait été accordé.
Pourtant, les autorités locales reconnaissent les conséquences de la consommation de ces boissons. Le secrétaire exécutif de la commune Bururi, Ferdinand Nduwimana, affirme que plusieurs décès lui ont été signalés : « Ça a déjà fait plusieurs morts, et toutes les victimes gardent sur elles les bouteilles de ces alcools. À Gitsibo et à Kizenga, j’ai été témoin de ça. Je connais au moins cinq cas de personnes décédées après avoir consommé ces boissons. »
Dans la commune Rumonge, l’administrateur Augustin Minani évoque également plusieurs décès liés à ces produits : « Nous avons déjà recensé plus de dix décès dans la seule commune de Rumonge. Dans les zones Kirwena, Buruhukiro, Kizuka et ailleurs, on a souvent découvert des corps sans vie, en possession des bouteilles de ces boissons fortement alcoolisées. »
Selon Raphaël Ngendakumana, président de l’Organisation de lutte contre les stupéfiants (OLCOS), plus de 35 personnes sont décédées depuis le début de l’année après avoir consommé des boissons fortement alcoolisées. Environ 400 autres présenteraient des séquelles liées à leur consommation.
Malgré ce bilan, les autorités n’ont pas opté pour une fermeture immédiate des points de vente concernés. La mesure retenue consiste à autoriser l’écoulement des stocks déjà disponibles tout en interdisant leur réapprovisionnement. « Nous avons interdit tout réapprovisionnement. Seules les boissons déjà stockées vont être consommées », ont indiqué les autorités.
Cette décision continue d’alimenter les débats alors que plusieurs responsables administratifs reconnaissent publiquement les conséquences mortelles attribuées à la consommation de ces boissons dans différentes localités du pays.

