Dossier : Les étudiants de l’UB, de l’ENS et de l’INSP ne désarment pas malgré les arrestations en cascade

jeudi, 06 avril 2017 13:09
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Les étudiants de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) ont entamé un mouvement de grève depuis le 24 Avril dernier. A la même date, les étudiants de l’Université du Burundi ont lancé un préavis de grève à travers une correspondance adressée au Chef de l’Etat. Le nouveau décret présidentiel sur l’octroi de la bourse d’étude et de stage est la cause de la paralysie des activités dans l’enseignement supérieur public. Ce dernier a déjà provoqué l’arrestation d’un certain nombre d’étudiants.

 

Huit étudiants ont été arrêtés par la police samedi dernier devant la salle polyvalente du campus Mutanga ; mais certains étudiants pensent que cette démonstration de force de la police en plein milieu des campus universitaires est liée à la crise enclenchée par les nouvelles mesures d’octroi de la bourse d’étude. Avant eux, trois autres étudiants étaient détenus par la police et le Service National des Renseignements burundais.

 

Dans les campus où la paralysie des activités est quasi-totale, les autorités tentent de résoudre la question à leur façon.

 

Simon Marie Rurasuma, ancien Représentant Général des étudiants de l’Université du Burundi, a été arrêté vendredi dernier sur son lieu de stage dans la Province de Ngozi, province natale du Président Nkurunziza Pierre. Les témoins oculaires disent qu’il a été embarqué de force dans un véhicule par des hommes en uniformes policière.

 

Un peu avant lui, mardi dernier, un autre étudiant du nom d’Elysé Dushime avait lui aussi été enlevé par un pick-up de police, alors qu’il était à l’avenue de l’Université, celle qui sépare le quartier Nyakabiga du quartier Rohero. Ce Vice-Délégué en BAC III dans la faculté d’Economie, département des finances et comptabilité rentrait de la Banque BBCI où il effectuait son stage académique.

 

Le lendemain mercredi, le vice-délégué Général des étudiants de l’IPA, Audace Nkunzimana a été enlevé par des agents du SNR tout près du campus Rohero. D’autres arrestations d’étudiants ont eu lieu dans les mêmes circonstances.



Les étudiants anticipent la grève suite à ces arrestations en cascade

 

Ces arrestations ont cependant provoqué l’arrêt des activités académiques un peu plus tôt que prévu, comme le souligne un des étudiants de l’Université du Burundi.

 

« Le Directeur Adjoint chargé de la sécurité à l’Université du Burundi avait convoqué les responsables des étudiants qui avaient signé sur la correspondance adressée au Président de la République. Chacun de ces derniers devrait comparaître individuellement, mais nous avons enfin décidé de comparaître en un seul groupe unis. Nous ne vaquons pas aux activités académiques comme prévu. Nous sommes mécontents, parce que la police arrête en cascade nos représentants. Nous exigeons d’abord que nos représentants soient libérés, immédiatement et sans conditions », explique notre source.

 

En tout, ce sont plus de 170 délégués et vice-délégués de classes de l’Université du Burundi qui avaient été convoqués par le Directeur Adjoint de la sécurité à l’Université du Burundi. Ce dernier explique qu’il voulait passer à la « vérification de l’authenticité des signatures ».

 

Actuellement, certains étudiants affirment avoir abandonné leurs stages pour échapper à la police et aux agents du SNR qui mènent une chasse aux étudiants signataires de la correspondance adressée au Président de la République.



« Le prêt-bourse exclut de l’enseignement supérieur un bon nombre d’étudiants »

 

Un des délégués signataires de la correspondance adressée au Président Burundais en date du 24 avril 2016 dit que le nœud du conflit est un décret révisant l’octroi de la bourse d’études et stages. Ce décret exclut, selon les étudiants, les enfants issus des familles pauvres qui ne pourront plus avoir accès à l’enseignement supérieur.

 

« Ce décret est injuste. C’est un prétexte de suppression définitive de la bourse pour enfin aboutir à la privatisation de l’Université du Burundi. Selon son l’article 28, les lauréats du Baccalauréats ne pourront plus continuer avec le cycle de master ou de doctorat avant de payer le Prêt-bourse. Dans ce cas, un étudiant issu d’une famille pauvre ne pourra point continuer parce qu’il ne sera pas capable de payer ce prêt. Seuls les enfants des riches avanceront, car ils n’ont pas de problèmes de recouvrement de la dette », explique notre source qui a requis l’anonymat pour sa sécurité.

 

Selon ce décret présidentiel N°100/18 du 1er Février 2017 portant réorganisation des bourses d’études et stage, « l’étudiant redoublant n’a pas droit à la bourse », comme le stipule l’article 32. Les candidats sélectionnés pour le prêt-bourse qu’il instaure devront d’abord le rembourser après chaque cycle d’études.

 

Le service de rectorat de l’Université du Burundi dit ne pas comprendre la réaction des étudiants d’arrêter les activités académiques.

 

« Nous n’étions pas au courant de ce mouvement de grève et cherchons à savoir le vrai mobile. Les enseignants se sont présentés comme d’habitude pour dispenser les cours, mais à leur surprise, les salles de classes étaient vides. Nous tentons un dialogue avec les étudiants pour trouver une solution », explique Rosalie Bikorindagara, vice-Recteur de l’UB.



L’ancien Président Bagaza avait échoué dans une tentative similaire

 

Il y a une trentaine d’années, Feu Président Jean Baptiste Bagaza avait signé un décret instaurant un système de prêt-bourse ; mais ce décret n’a pas abouti.

 

Selon le Professeur Libérât Ntibashirakandi qui fréquentait à l’époque l’Université du Burundi, les étudiants avaient contesté tout comme aujourd’hui cette mesure jugée discriminatoire.

 

« Dans les années 1986-1987, le Président Bagaza a pris une mesure transformant la bourse en un prêt-bourse. C’était au Mois d’Avril et nous avons passé toute une nuit blanche entrain de réfléchir et mettre ensemble les idées pour trouver les stratégies à adopter. Les agents du SNR de son gouvernement nous ont infiltré et ont tenté de nous diviser, sans succès. Nous en avons même attrapé deux. Certains étudiants ont été emprisonnés, d’autres intimidés, mais nous sommes restés solidaires. Heureusement à cette époque on ne tuait pas ! Enfin, les étudiants ont été relâchés, et quand Buyoya a renversé Bagaza, le décret n’a pas été appliqué », se souvient-il, exhortant les étudiants aujourd’hui à rester solidaires pour revendiquer l’abrogation du décret.

 

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