2016, une année à nouveau mouvementée pour le monde médiatique burundais

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Le Journaliste Jean Bigirimana, porté disparu Le Journaliste Jean Bigirimana, porté disparu
L’année 2016 aura été une année de persécution, d’arrestations et de disparition des journalistes, mais aussi une année riche en récompenses pour certains journalistes primés pour leur bravoure dans leur métier très difficile à pratiquer sous le règne de Nkurunziza depuis 2015. 
 
Au 1er janvier 2016, la situation de nombreux médias est inchangée depuis le 14 mai 2015, où 5 d’entre eux ont été détruits après le coup d’Etat manqué de la veille. Il s’agit de la RPA, la radio Isanganiro, la Bonesha, la Radio-Télévision Renaissance et la Radio-Télévision Rema. 
 
Mais avant la fin de l’année 2015, des rumeurs de réouverture de certaines d’entre elles circulent. Des rumeurs qui se confirment vendredi 19 février 2016 avec la réémission des programmes de la radio Isanganiro et de Rema FM. L’aval de rouvrir ces deux stations a été conditionné par la signature d’un acte d’engagement avec le Conseil National de la Communication, le CNC. Selon ce dernier, cet acte d’engagement constitue un garde-fou pour ces médias « pour éviter qu’ils retombent dans les erreurs du passé qui ont entraîné la fermeture de leur station », avait déclaré Richard Giramahoro, président du CNC de l’époque. 
 
Toutefois, cet acte d’engagement a été tenu secret par le CNC et les responsables des médias qui l’ont signé. Des sources au sein de la radio Isanganiro ont affirmé que les membres du Conseil d’administration et du comité exécutif de l’Association « Ijambo », propriétaire de la radio, avaient été convoqués la veille de la signature à la présidence de la République.
 
Ce semblant de normalisation n’a toutefois pas réchauffé les relations entre le gouvernement burundais et les journalistes. Dès le début de l’année, les journalistes nationaux et internationaux n’ont pas de répit. Arrestations et persécutions sont leur lot quotidien. 
 
Des journalistes étrangers,  Jean-Philippe Rémy et Philip Edward Moore du journal '‘Le Monde'‘, seront ainsi arrêtés le 28 Janvier 2016 à Bujumbura et détenus au Service National des Renseignements, puis relâchés après plusieurs tractations. Ils étaient accusés de collaborer avec des insurgés alors qu’ils exerçaient leur métier de journalistes. 
 
Le lendemain, Hermès Ntibandetse, un journaliste de la RPA, est arrêté par des agents du SNR puis conduit dans leurs locaux où il a subi une séance de bastonnade. Relâché par après, il a vite pris le chemin de l’exil.
 
Le 2 Octobre 2016, un journaliste de Radio Maria Burundi (radio de l’Eglise catholique) Salvator Nahimana est arrêté à Mutakura, au nord de la ville de Bujumbura avec neuf autres personnes, accusé de collecter des vivres pour des rebelles. Des témoins affirment qu’il participait à une réunion de prière lors de son arrestation. Aujourd’hui, il est détenu à la prison centrale de Mpimba.   
 
Au même mois, une des correspondantes d’une chaîne internationale Voix de l’Amérique (VOA) Fidélité Ishatse est arrêtée le 7 octobre 2016 à Bukemba dans la province Rutana en début d’après-midi et relâchée dans la soirée. Elle a été accusée de ne s’être pas annoncée à l’administration de Bukemba, alors qu’elle est basée comme correspondante dans la région. 
 
Toujours au mois d’Octobre, deux journalistes, l’américaine Julia Steers et le burundais correspondant de la BBC Gildas Yihayimpundu, sont arrêtés le 23 octobre 2016 à Mutakura par la police. Ils effectuaient un reportage sur les habitations désertées dans ce quartier qui est taxé de contestataire par le pouvoir de Bujumbura. La journaliste américaine sera vite relâchée et remise à son Ambassade, mais le burundais restera en détention pendant 24 heures puis remis en liberté.
 
Après leur arrestation, le porte-parole de la police a déclaré qu’ils étaient accusés de "tentative de destruction des preuves des crimes commis par les insurgés à Mutakura" sans autre précision. 
 
La persécution, ce n’est pas seulement des arrestations physiques. L'émission Karadiridimba de la radio Isanganiro a été suspendue pour un mois par le Conseil National de la Communication au mois d’Octobre 2016. Karenga Ramadhan, président du CNC, a déclaré qu’une transition musicale de l’émission contenait des paroles qui ne plaisent pas au pouvoir CNDD-FDD. Certains reportages des journaux parlés de la radio Isanganiro seront également censurés par le pouvoir Nkurunziza, interdisant leur rediffusion.
 
Le plus poignant de ces persécutions des journalistes est la disparition forcée de notre confrère Jean Bigirimana du groupe de presse Iwacu. Plus de trace de son existence depuis le 22 Juillet 2016. En déplacement pour un reportage à Bugarama, des témoins affirment qu’il a été embarqué par un véhicule de type pick-up aux vitres teintés. Plusieurs sources ainsi que les enquêtes du journal Iwacu ont établi que les occupants dudit véhicule étaient des agents du Service National des Renseignements (SNR). Depuis, aucune nouvelle de lui. 
 
Cependant, à côté de ces faits poignants, des heureux événements ont jonchés le monde médiatique burundais. Cinq journalistes burundais ont été honorés par des organisations internationales pour leur mérite dans leur métier au cours de l’année.
 
Le premier est Esdras Ndikumana, correspondant de RFI et de l’AFP primé le 11 Janvier 2016 par l’Association de la presse diplomatique en France. Le journaliste burundais a été récompensé pour sa couverture de la crise au Burundi, lui-même ayant été victime de torture en août 2015 et contraint de fuir le pays.
 
Il a été suivi par Antoine Kaburahe, directeur du groupe de presse Iwacu, le 2 Mai 2016. Il a reçu le prix Reporter Sans Frontières de la liberté de la presse. Kaburahe est aussi en exil depuis 2015. Le troisième journaliste récompensé est Eloge-Willy Kaneza de l’équipe SOS-Médias Burundi qui a remporté le 22 Août 2016, le prix Peter Mackler 2016 pour son travail réalisé à l’aide de smartphones et d’applications mobiles après la destruction des médias en mai 2015. 
 
Un autre prix a été décerné à Inès Gakiza, journaliste de la RPA, récompensée par le Prix « Johann Philipp Palm » pour la liberté d’expression et de la presse le 26 Août 2016. Enfin, Bob Rugurika, directeur de la RPA, a clôturé l’année 2016 en recevant le prix de la lutte pour la liberté de la presse en Afrique, le ‘’Press Freedom Award’’ décerné par CNN Multichoice.  
   
    
 
 
 
  
 
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