Vers la militarisation du pouvoir au Burundi ?

Le noyau du régime CNDD-FDD conserve tous les pouvoirs à travers certaines figures qui occupent les ministère-clés du nouveau gouvernement. Cette nouvelle équipe inquiète également certains bagumyabanga.

L’annonce de nouveaux membres du gouvernement post-Nkurunziza sonne la fin des illusions, tant dans le camp des réformateurs au Cndd-Fdd que dans les milieux externes du parti.

D’après certains cadres du Cndd-Fdd qui se sont confiés à la Rédaction de la RPA, un climat malsain règne au sein du camp présidentiel, c’est-à-dire les principaux soutiens de la candidature de l’actuel président Evariste Ndayishimiye. D’après ces sources, la nomination du commissaire de police général Alain-Guillaume Bunyoni au poste de 1er ministre est impardonnable, voire une trahison, envers tous les réformateurs militants au sein du Cndd-Fdd. Ces derniers avaient espéré, de l’ère Ndayishimiye, une occasion de redorer l’image du Burundi et de le remettre dans le concert des Nations. Un espoir qui vient d’être complétement anéanti selon nos sources.

Cela se remarque à travers l’attribution des ministères clés aux personnalités contestées et controversées comme l’actuel 1er ministre et le ministre de l’intérieur et de la sécurité publique accusés de graves violations des droits de l’homme et sous sanctions internationales. La nomination des officiers supérieurs Alain Guillaume Bunyoni et Gervais Ndirakobuca alias Ndakugarika aurait même créé une fracture au sein des sympathisants de Ndayishimiye. Parmi eux, le commissaire de police Gabriel Nizigama et le lieutenant général Prime Niyongabo qui avaient pourtant soutenu bec et ongle l’actuel président. L’actuel chef de cabinet civil du président Gabriel Nizigama aurait même décliné l’offre d’entrer au gouvernement. Les mêmes sources indiquent que le 1er ministre Bunyoni avait souhaité le remplacement du lieutenant général Prime Niyongabo à la tête de l’Etat-major général de l’armée. De l’avis de nos sources, la nomination des durs comme Alain Guillaume Bunyoni et Gervais Ndirakobuca dit Ndakugarika pourrait avoir été imposée au nouveau président par d’autres milieux influents. Ces sources évoquent  une probable intervention étrangère.

En outre, les réformateurs au sein du régime craignent une militarisation excessive de l’administration Ndayishimiye. Dans le même sens, l’attribution du ministère de la jeunesse à l’ancien patron de la ligue des jeunes Imbonerakure Ezéchiel Nibigira inquiète également les bagumyabanga. Au chapitre des rapports de forces, le 1er ministre pourrait avoir une main mise sur l’intérieur et la sécurité publique tandis que le président pourra compter sur la défense désormais entre les mains d’un civil, ancien gouverneur de la province Kirundo Alain-Tribert Mutabazi, promu par le colonel Anastase Manirambona, originaire de la province Kirundo et bras droit du président Ndayishimiye. La mésentente et le bras de fer qui ont précédé la mise en place de l’actuel gouvernement n’assure pas un lendemain meilleur à l’administration Ndayishimiye, concluent nos sources.