L’extradition forcée de Burundais réfugiés en RDC cache des non-dits

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La crainte reste entière pour les familles de plus de 100 burundais extradés de la République Démocratique du Congo et remis aux autorités burundaises ce lundi 31 Janvier 2017.  Officiellement, les autorités congolaises ont affirmé que ces burundais ne sont pas des rebelles ; mais dans les milieux pro-CNDD FDD, ils indexent les personnes arrêtées comme étant des rebelles formés dans les pays voisins. 
 
Ce 31 Janvier 2017, les autorités burundaises ont reçu plus de 100 burundais arrêtés en République Démocratique du Congo, puis extradés vers Bujumbura par les forces de l’ordre congolaises. Marcellin Cishambo, Gouverneur du Sud-Kivu qui avait accompagné ces burundais pour les remettre au pouvoir de Bujumbura, a déclaré aux médias que ces personnes ne sont pas des rebelles. 
 
Malgré ces propos, la Ministre Burundaise de la justice Laurentine Kanyana n’est pas de cet avis et annonce des enquêtes pour les identifier clairement. « Nous ne connaissons pas les identités de ces Burundais arrêtés en RDC. Mais comme on vient de nous les remettre, nous allons faire nos enquêtes pour savoir pourquoi ils ont quitté le pays, et voir comment et pourquoi ils ont été arrêtés. C’est à partir des résultats que nous saurons quoi faire de ces personnes », a-t-elle déclaré à la frontière de Gatumba au moment de l’arrivée des personnes extradées.
 
Pourtant, le Gouverneur du sud-Kivu affirme haut et fort qu’il s’agit de Burundais qui ont exprimé leur volonté de rentrer chez eux, après plusieurs mois de détention en RDC. 
 
« Ces burundais étaient arrêté chez nous et mis en prison. Quand ils ont manifesté la volonté de rentrer, je devais le leur permettre. C’est le principe de retour, un retour volontaire. Nous avons eu la chance que le Gouvernement Burundais a mis son accord pour que ses citoyens puissent rentrer », a déclaré Marcellin Cishambo.
 
Ce dossier des burundais extradés semble cacher des non-dits. Bien que le gouverneur du Sud-Kivu ait annoncé que ces burundais étaient volontaires pour rentrer, des informations recueillies parmi les proches et les extradés eux-même réfutent les propos de cette autorité congolaise.
 
« J’ai été arrêté pour un dossier qui n’est pas le mien. Mon mari a vendu un filet de pêche et on est venu l’arrêter alors qu’il n’était pas là. On a changé les éléments de charge, et on a dit que mon mari vend des armes. Je me suis vu arrêtée à sa place et voilà qu’on me conduit au Burundi. Je ne voulais pas rentrer chez moi, je ne me sens pas sécurisée. Je ne comprends pas pourquoi on me fait rentrer de force, moi et ma famille », a déclaré une femme au moment d’être embarquée par la police burundaise à la frontière.
 
Un autre burundais a expliqué les circonstances de son arrestation : « Un ami à moi avait été arrêté et il m’a appelé, me demandant de lui apporter de l’argent pour qu’il puisse être libéré. Quand je suis arrivé, les forces de l’ordre m’ont arrêté aussi, et m’ont accusé d’être un rebelle. Je n’ai jamais appartenu à ce genre de groupes. Je ne sais même pas comment on utilise un fusil. J’ai essayé de fournir des explications autant que je pouvais, mais ils ont refusé ».
 
Malgré les affirmations du gouverneur du Sud-Kivu aux médias, cette autorité congolaise qui dirigeait l’opération d’expulsion des burundais a fait une tout autre déclaration à la délégation burundaise venue recueillir et arrêter ces burundais. « J’ai même une lettre de demande de pardon que ces burundais m’ont envoyés, et ils reconnaissent avoir été induis en erreur par certains politiciens burundais », a déclaré Marcellin Cishambo.
 
Le fait que le gouverneur du Sud-Kivu fait des déclarations contradictoires et que la Ministre de la justice burundaise annonce des enquêtes ne tranquillise pas les familles de toutes ces personnes arrêtés et extradées par force, puis conduites dans des endroits gardés secrets. Les uns pensent même à un coup monté par le pouvoir de Bujumbura en collaboration avec certaines autorités de la RDC. 
 
« L’extradition de ces 184 burundais au pouvoir de Bujumbura est illégale »
 
Selon le Professeur Méthode Ndikumasabo, expert en droit Pénal International, l’opération de remise des burundais au pouvoir de Bujumbura n’a respecté aucune loi et convention Internationale. Voici son analyse :
« Il y a deux cas de figure. Si l’une ou l’autre personne est un réfugié formellement en RDC, la convention de Genève de 1951 interdit de rapatrier de force un réfugié vers le pays qu’il a fui. Deuxièmement, c’est le cas où on accuse ce refugié d’avoir commis un crime dans le pays d’origine avant de fuir ce pays. Et là, il y a 2 possibilités : ce crime peut être celui du droit commun. Dans ce cas, il faut vérifier qu’il y a existence d’une convention d’extradition entre les deux pays (la RDC et le Burundi) et on applique cette convention.
 
Deuxième possibilité : il s’agit d’un crime politique ou quand une personne est accusée d’un crime politique. Dans ce cas, il y a une coutume Internationale qui interdit à un pays d’extrader vers un autre pays une personne qui a fui ce pays pour des raisons politiques. Mais dans cette situation, c’est compliqué d’appliquer tout ce que je viens d’expliquer car, d’après ce que j’ai compris, les burundais arrêtés en RDC sont seulement soupçonnés d’appartenir aux groupes armés. Je n’ai pas entendu dire qu’elles auraient commis un crime ou une infraction avant de fuir le Burundi. Donc, si on part de cette hypothèse qu’elles seraient liées aux groupes armés, cela signifie que jusqu’à présent elles n’ont pas à proprement parler commis un crime sur le sol burundais. Donc, c’est une remise qui me parait hors normes par rapport aux conventions Internationales ».
 
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TAARIFA YA HABARI YA 26/04/2015

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